SADHANA YOGA

ASHTANGA YOGA FRIBOURG

yoga sutra 2.7-9

Posted on 03 May 2020 in Réflexions | 0 comments

 

II.7 SUKHANUSAYI RAGAH

 

sukha: plaisir – agréable

anusayi: ce qui suit

ragah: attachement

 

“En s’identifiant aux expériences plaisantes, s’en suit l’attachement”

 

 L’attachement

La notion d’attachement est délicate et peut parfois être mal interprétée. L’attachement ne doit pas être confondu avec l’engagement. Engageons-nous de tout coeur dans tout ce que nous entreprenons – mais détachons nous du résultat.

Il me semble essentiel de clarifier qu’en cherchant à affaiblir notre attachement nous ne renonçons pas à ce qui est agréable. N’allez pas lire entre les lignes et prêcher un mode de vie austère en se privant de plaisir. Au contraire, lorsque nous nous détachons de l’attachement nous sommes capables d’apprécier réellement ce qui est sans projection ni attente et donc sans déception ni peur.

Il ne s’agit pas d’abandonner ceux et ce que nous aimons mais plutôt de lâcher prise sur les attentes qui les entourent.  Ce n’est pas la perte en soi qui nous blesse, mais les attentes déçues – les histoires que nous nous racontons sur ce dont nous avons besoin ou sur le bonheur que nous éprouverons lorsque nos objectifs seront atteints.

Raga peut se traduire également par la peur de se voir privé de plaisir passé. Raga se construit aux travers des habitudes voire des dépendances que nous nourrissons / subissons. Nos petites habitudes (bonnes ou mauvaises) représentent une forme d’attachement et d’identification. Raga à l’extrême peut être observé par une personne dépendante / en manque. L’objet de sa dépendance devient le centre de ses préoccupations et ses pensées et ses actions ne s’orientent plus que dans l’intention d’assouvir ce manque.

Lorsque notre bien-être dépend d’objets extérieurs, forcément nous nous attachons à ces choses agréables et inversement si ces choses nous ont rendu malheureux, nous créons une aversion à leurs égards. Raga/Dvesa.

 

II.8 DUKHANUSAYI DVESAH

 

dukha: douleur – peine

anusayi: ce qui suit

dvesah: aversion

“En s’identifiant aux expériences douloureuses, s’en suit l’aversion”

 

L’aversion

L’aversion se manifeste par la peur de devoir à nouveau endurer un événement douloureux. A l’extrême Dvesa devient notre prison où nos peurs voire nos phobies s’octroient une place centrale dans nos vies. Un exemple facile à illustrer, lors d’une séparation, peut-être chercherons nous à éviter certains lieux, activités, personnes susceptible de nous replonger dans une situation ou des souvenirs désagréables . Peut-être que la peur de souffrir à nouveau aura raison de notre désir de nous engager dans une nouvelle relation.

Dvesa peut également être interprété par une identification avec ce que nous n’aimons pas – lorsque nous nous représentons le monde qui nous entoure en fonction de ce que nous pensons être mauvais ou “faux”.  Nous avons tous nos opinions et préférences, Patanjali ne suggère pas que ceci devrait être corrigé.  Là encore, exactement comme l’attachement, l’opinion se transforme en obstacle lorsque nos préférences personnelles commencent à consumer notre vision du monde.

Il est essentiel de surveiller notre tendance à passer inconsciemment des préférences personnelles au jugement absolu, un changement qui conduit à une vision du monde dualiste et à toute la douleur qui y est inhérente. En cédant à nos jugements la place centre de nos pensées et actions et considérons quiconque faisant obstacles à nos désirs (matériel ou idéologique) comme la cause première de notre malheur, nous dépensons notre énergie à ruminer et engendrer de la haine. Cela génère beaucoup de discorde en nous et pour notre entourage et illustre aussi la forme d’identification dont parle Patanjali lorsqu’il décrit dvesha.

 

II.9 SVARASAVAHI VIDUSO’PI TATHARUDHO’BHI-NIVESAH

 

vidusho’pi: même chez les sages

abhinivesah: la peur de la mort

 

“La peur de la mort est présente même chez les sages”

 

La peur de la mort

Le dernier klesha est particulièrement complexe. Notre volonté de vivre est l’essence la plus intime de l’être humain – notre instinct de survie. Ainsi Patanjali évoque la difficulté d’accepter la mort même chez les être sages.

Si l’espérance de vie a crû considérablement le taux de mortalité, lui n’a pas bougé depuis la nuit des temps, il est de 100% – notre seule certitude – nous allons tous mourir. Bien qu’ayant une vie entière pour assimiler cette réalité et nous y préparer; mourir reste compliqué pour la plupart d’entre nous.

Il convient d’apprendre à mourir et cet apprentissage se fait au jour le jour en contemplant l’impermanence de notre corps de nos pensées et de tout ce qui nous entoure. Il s’agit de pouvoir appréhender les petites morts permanentes de notre quotidien en menant une vie consciente de sa finitude dans le temps et en faisant face avec dignité et courage à son caractère inévitable.

Ce thème pourrait être discuté longuement – de Patanjali à Socrate on se questionne sur la mort depuis la naissance de la philosophie, toutes les religions l’ont largement exploitée – la médecine n’a de cesse de chercher à la reporter et aujourd’hui Abbinivesca est au centre de notre actualité mondiale. 

L’immortalité de l’âme semblent faire l’unanimité dans la plupart des courants de pensées – le paradis, l’enfer, les réincarnations, l’union avec l’atman sont autant d’avenues pour notre résurrection. Et pour celles et ceux qui préfèrent rester dans l’obscurité des caissons de cryogénisation, ce fantasme mégalomane de la vie matérielle et éternelle est désormais monnayable.